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Q : Pourquoi vis-tu aux Etats-Unis ?
R : Je suis aux Etats-Unis parce que la violence m'a obligé à quitter mon pays. Ma famille a souvent reçu des menaces - alors, je suis parti de Colombie, bien à contrecœur, et j'ai commencé une nouvelle vie ici avec mes parents. Mais j'espère bien continuer le travail que nous avons commencé en Colombie.

Q : Selon toi, comment le Mouvement pour la paix en Colombie a-t-il évolué ces dernières années ?
R : Le Mouvement pour la paix en Colombie est un symbole de la paix, et beaucoup de gens, d'adultes, y croient. Le fait qu'un enfant soit...que sa voix soit entendue au niveau de la société, montre que la participation quotidienne des enfants a fait des progrès. Et cela montre qu'un enfant ne sera l'avenir de son pays que s'il devient un leader, l'artisan de son pays. Pour cela, il doit comprendre les problèmes qui existent dans différentes régions du monde. Non seulement en Colombie mais dans beaucoup d'autres pays, les enfants se rendent compte qu'ils doivent participer à la recherche des solutions. Donc, l'épanouissement personnel des enfants et leur participation au niveau de la société marquent une étape importante, qui signifie bien qu'ils ont fait des progrès.

Q : Comment vas-tu continuer à soutenir le mouvement à partir des Etats-Unis ?
R : Notre objectif est d'ouvrir des espaces ici, aux Etats-Unis, qui permettront d'unifier le travail. Et puis, je peux m'adresser à différentes institutions, notamment pour leur demander de soutenir nos activités en Colombie. Je pense surtout à tout ce que nous faisons en faveur des enfants et de la paix. Je crois que je peux jouer un rôle de passerelle pour faciliter la communication.

Q : Pourquoi y a-t-il tant de jeunes qui rejoignent des groupes armés ?
R : Beaucoup de jeunes en Colombie s'engagent dans les forces armées parce que leur horizon est bouché. Le manque de qualifications et la soif de vengeance y sont aussi pour beaucoup. Pour certains, c'est un moyen de se venger de ce qui les a détournés de leurs familles, et la violence est ce qui les lie aux groupes armés. Pour d'autres, c'est simplement une forme de survie économique, qui résulte du manque d'éducation et de débouchés dans le pays.

Q : A un moment de ta vie, après l'assassinat de ton père, tu as dû prendre une décision difficile, soit réagir par la violence, soit œuvrer pour la paix. Comment es-tu arrivé à cette décision et comment cela a-t-il changé ta vie ?
A : Le fait d'être confronté à un acte de violence, la disparition de mon père aux mains des forces armées, m'a fait beaucoup réfléchir. D'abord, j'ai remercié Dieu de m'avoir aidé à prendre la bonne décision. J'avais la maturité et l'intelligence nécessaires pour le faire. Ensuite, c'est grâce à l'éducation que j'ai reçu de ma famille et au soutien de mes parents et de certains de mes amis. Mais, surtout, la décision de continuer à me battre pour la paix et de ne pas me faire l'allié de la violence est venue de l'espoir que m'inspirent les enfants. En voyant que tant d'enfants croyaient au processus de paix en Colombie, que tant d'enfants me considéraient comme leur représentant, que tant de gens disaient qu'on pouvait changer le pays. C'est à cause de l'affection pour ces enfants, pour les autres. Et même de l'amour que j'avais pour mon père. Je me suis dit que mon père n'avait jamais été violent. Alors comment aurais-je pu, moi, réagir par un acte de violence ? C'est une chaîne qui nous aide à devenir meilleur jour après jour, surtout lorsqu'on a rencontré un enfant témoin du meurtre de ses parents ou victime d'actes de violence encore pires que ceux dont j'ai souffert moi-même. Lorsque vous voyez cet enfant se jeter dans vos bras et rire avec vous … et que dans ses yeux brille une larme alors même qu'il sourit …mais ce sont aussi des larmes d'amour. Comment aurais-je pu trahir ces enfants ? Et beaucoup d'enfants ressentent cet espoir et cet amour. Car un grand nombre d'entre eux, qui ont pourtant souffert de la violence, ont l'espoir de devenir meilleurs, de changer. Ç'aurait été comme si j'avais trahi l'espoir de ces enfants.

Q : Comment es-tu parvenu à pardonner aux assassins de ton père ?
A : C'était comme pardonner à des gens qui, souvent, ne vous pardonneront pas. Car ils voulaient me faire du mal à moi après avoir tué mon père. C'est un acte qui ne peut être motivé que par l'amour. C'est de savoir que si on aime une personne, on peut aimer un autre être. C'est difficile à expliquer. C'est la tolérance et l'amour que l'on a pour les autres qui nous permettent de réfléchir dans certains moments difficiles.

Q : Pourquoi les enfants ont-il un rôle important à jouer pour promouvoir la paix ?
R : Je suis d'avis que les jeunes doivent prendre part quotidiennement à tout ce qui arrive. Ils ne peuvent pas attendre qu'on leur construise un avenir meilleur. C'est à nous de le construire. Nous devons nous impliquer pour changer le monde et faire renaître l'espoir. Nous ne pouvons pas attendre que tout nous arrive facilement, nous devons le faire nous-mêmes. Et il faut commencer par éduquer les jeunes, instruire les enfants, leur parler de la paix, pour que dans l'avenir, ils soient de bons citoyens. Pour qu'ils ne prennent pas de décisions absurdes une fois devenus adultes.

Q : Qu'est-ce que le Mouvement pour la paix accomplira à l'avenir, selon toi ?
R : Je ne pense pas seulement à l'avenir mais au présent, et à ce qui a déjà été accompli. Le fait qu'en Colombie, les enfants participent à la vie politique, le fait qu'ils aient fait naître l'espoir dans un pays livré à la violence, ces choses sont réelles, on peut déjà les voir à l'œuvre aujourd'hui. Nous croyons que nous allons changer la mentalité des gens dans l'avenir. Nous transformons les principes de base de notre pays. Car nous sommes la nouvelle génération. C'est pourquoi je crois que si les enfants en ont les moyens, ils produiront un changement dans le pays. Parce que la violence qui règne dans un pays n'est pas seulement le fait des forces armées, la violence d'un pays provient d'une mauvaise administration, de croyances sociales et religieuses maintenues dans certains milieux, ou de la haine qui existe dans le cœur des gens. Si nous nous donnons les moyens…et c'est ce que nous faisons dès maintenant, les enfants seront de bons citoyens, de bons parents et de bons travailleurs à l'avenir. Parce que si nous changeons la façon de penser des gens en Colombie, la culture de la violence cédera la place à la paix. Nous savons que les enfants ont la capacité de recevoir et de donner beaucoup d'amour.

Q : Visiblement, le mouvement des enfants pour la paix est très influent en Colombie. Penses-tu que ce modèle pourrait être repris dans d'autres pays ?
R : C'est très beau de voir un enfant approcher un homme politique et lui dire : « Voilà mes idées, examinez-les et aidez-moi à réaliser ce programme ». Ou de voir un enfant à la TV s'adresser aux membres d'une milice armée : « Arrêtez la violence, ça suffit comme ça », parce qu'on voit bien que ces jeunes sont capables d'affronter la réalité. De proposer des solutions sérieuses. Et pas au niveau que supposent beaucoup de gens, qui croient que les enfants ne font que jouer. Si les circonstances l'y poussent, un enfant n'hésitera pas à laisser tomber un jouet pour réfléchir à ce qui arrive dans le pays et aux solutions qui pourraient être mises en place. Je pense que ces possibilités devraient être présentées à tous les enfants du monde, par le biais de leur participation. Les enfants doivent prendre conscience du fait qu'ils peuvent offrir des solutions, comme, je ne sais pas… naturellement, tout dépend du moyen utilisé… il faut chercher des solutions qui correspondent à la façon dont on vit. Mais c'est le résultat de l'amour que l'on veut recevoir des autres et leur donner, du désir de continuer à se battre pour les autres, en oubliant ses propres intérêts et en ne pensant qu'à ce qui va arriver aux autres.

Q : Quel est ton message aux enfants qui vivent dans des pays en conflit ?
R : Le message serait qu'ils trouvent des moyens de participer. Ils doivent proposer des solutions pour régler le conflit et non pas y prendre part. Ils doivent apprendre la tolérance, l'amour des autres êtres humains et ils doivent s'instruire pour pouvoir participer à la vie sociale et politique de leur pays. Voilà les solutions que nous devons trouver. Il faut s'attaquer aux racines du problème et non pas éteindre le feu avec des mouchoirs mouillés, comme on dit dans mon pays.

Q : Qu'attends-tu de la Session extraordinaire de l'ONU consacrée aux enfants ?
R : J'attends tout d'abord de cette grande réunion que les promesses soient tenues et que les projets et les programmes à l'ordre du jour soient exécutés, et qu'ils ne restent pas au stade du papier - à l'heure de la vérité, des enfants continuent de souffrir, continuent de mourir faute de vaccins, des enfants poussés à la violence par le manque d'éducation et de prestations perdent toujours la vie - voilà ce que j'attends en premier. Le reste consiste à …étudier la réalité et les véritables besoins des enfants. Je voudrais, en premier, voir les responsables honorer leurs promesses et s'engager à finir le travail qu'ils ont commencé. J'aimerais aussi être certain qu'ils comprennent les réalités de la société.

Q : Que peuvent faire les enfants et les adultes pour s'assurer que les gouvernements appliquent immédiatement les décisions qu'ils ont prises ?
R : Souvent, les problèmes d'un pays viennent de ce que le gouvernement l'administre mal ou ne fait pas ce qu'il a promis de faire. Les gens ne sont pas assez informés sur ce qui se passe au sein du gouvernement, dans l'administration de leur pays. Et dans certains cas, les gouvernements en profitent. Disons, pour ne pas dire les choses trop brutalement, qu'ils ne respectent pas leurs engagements - et à cause de leur manque de connaissances, les citoyens ne peuvent pas remettre en question le système politique qui règle la vie du pays jour après jour. Cela doit changer. Nous avons besoin de gens qui ont des valeurs suffisamment fortes pour exiger ce changement.

Q : Parles-nous de tes activités à New York.
R : J'ai expliqué mon rôle au sein du Mouvement pour la paix en Colombie lors de rencontres organisées avec des écoliers. Nous offrons une raison d'espérer à d'autres enfants, notamment à un moment où les Etats-Unis ont connu des actes de violence tragiques, comme l'attentat commis contre les tours jumelles - beaucoup de gens ont été surpris et ils ne savent pas comment réagir. Nous avons voulu leur faire partager l'expérience des enfants colombiens qui, malgré les violences dont ils ont été victimes, ont appris à pardonner. Voilà ce que nous avons voulu faire pour les enfants ici, aux Etats-Unis. Ils ne doivent pas seulement se fixer sur ce qui vient d'arriver, ils doivent chercher et trouver les moyens de réagir. Ils doivent apprendre à pardonner. Voilà ce que nous avons fait, nous avons fait entendre la voix de l'espoir, une voix qui sera très utile pour sortir de ce moment difficile.

Q : Comment, selon toi, le fait de lire les histoires vraies d'enfants colombiens aide les jeunes qui ont vécu ou qui vivent dans la violence ?
R : En gros, le travail social dépend de deux choses : le désir de travailler et les études que l'on fait pour comprendre ce qui se passe autour de nous. Et je crois que si nous commençons à inculquer aux enfants le désir d'étudier et que nous leur en donnons les moyens, ils prendront conscience de ce qu'ils peuvent faire et ils deviendront des leaders responsables à l'avenir. Le désir d'agir ne suffit pas. Il faut aussi faire des études sérieuses pour commencer à s'améliorer. Et il faut savoir juger ce qui arrive au jour le jour, parce que souvent, on n'est au courant de ce qui se passe dans un pays que par le biais des actualités, des livres ou de différents médias. Mais on ne connaît la réalité d'un pays que si on l'a étudiée. Et je crois que les circonstances spécifiques qui existent dans chaque pays seront de mieux en mieux comprises par ceux qui les vivent ou qui les étudient. La lecture, par exemple, offre un excellent moyen de s'informer.


Entretien avec Juan Elias Uribe