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La paix pour les enfants est l’histoire de neuf jeunes Colombiens dont la vie a été marquée par la guerre et la violence et qui ont néanmoins décidé de militer pour la paix. Tous ont pris part au Mouvement des Enfants pour la paix en Colombie qui, depuis 1998, a été nominé chaque année pour un Prix Nobel de la Paix.


Leurs témoignages racontent leur lutte quotidienne pour tenter de survivre aux épreuves les plus douloureuses : Juan Elias à l’assassinat de son père ; Wilfrido aux menaces de mort ; Maritza à la violence de la rue et du milieu familial ; Farlis aux massacres qui ravagent sa ville.


Des millions d’enfants en Colombie connaissent ce type d’expérience. La différence pour ces neufs adolescents et des milliers d’autres jeunes comme eux, c’est qu’ils ont refusé de prendre part à la violence et que, préférant se consacrer à la recherche de solutions pour sortir de la guerre, ils ont créé un mouvement d’une ampleur extraordinaire.


La guerre en Colombie dure depuis plus de quarante ans. C’est un conflit sanglant entre une multitude de groupes armés qui se disputent le pouvoir et le contrôle du territoire. Ces groupes violent constamment les droits de gens innocents, et on dénombre chaque année près de cinq mille victimes, la plupart étant des civils. Des massacres ont lieu presque toutes les semaines. Depuis 1985, plus de deux millions de gens - un Colombien sur vingt - ont été obligés d’abandonner leur maison. Les disparitions et les enlèvements sont monnaie courante. Rien qu’en 1999, plus de trois mille personnes ont été kidnappées.


Si la guerre est meurtrière, la violence générale de la société l’est encore davantage. Les villes colombiennes sont parmi les plus dangereuses du monde : le manque de justice et les disparités énormes entre les pauvres et les riches, et entre les populations urbaines et rurales, font que le taux de mortalité due au crime y est exceptionnellement élevé.


Alimentée en grande partie par l’argent de la drogue - la Colombie est le premier producteur de cocaïne du monde - la guerre s’est développée rapidement durant les années 1990. Tandis que les familles déplacées affluaient massivement vers les villes et que les enlèvements se multipliaient, le gouvernement et les groupes armés se sont montrés incapables d’engager des pourparlers. Finalement les gens ont essayé de prendre  en mains eux-mêmes le problème de la paix.


Au milieu des années 1990, poussé par la nécessité de donner plus de force au mouvement, le réseau Redepaz avait réussi à rassembler des centaines de groupes en faveur de la paix, tandis que la Commission de Conciliation, composée de responsables civils et religieux, avait entamé des pourparlers avec une des guerrillas. Ces efforts pour lancer un processus de paix étaient complètement indépendants de ceux du gouvernement, et bien plus efficaces. Toutefois, jusqu’à la création du Mouvement des Enfants, le mouvement pour la paix dans son ensemble restait faible et manquait de coordination.


Limité d’abord au travail isolé de quelques jeunes réellement motivés, le Mouvement des Enfants s’est développé sans structures bien définies, mobilisant des foules de jeunes décidés à défendre leur droit à la vie et à la paix. Il n’y a pas de direction officielle et tout individu de moins de dix-huit ans qui contribue d’une façon ou d’une autre à améliorer la vie d’une communauté où sévit la violence est considéré comme membre de l’organisation. Les objectifs du Mouvement sont vastes. Il s’agit, en premier lieu, de mettre fin à la violence qui déchire le pays, quelle qu’en soit la forme : violence liée à la guerre, violence des rues ou violence domestique. Il œuvre également pour le rapprochement des jeunes, par-delà les barrières raciales, économiques et géographiques.


En joignant ses efforts à ceux des adultes, le Mouvement des Enfants a d’ores et déjà suscité un nouvel élan vers la paix et ouvert la voie pour la reprise des pourparlers. Mais il a surtout préparé le terrain pour ramener la paix à l’intérieur des communautés, des écoles et des familles, ce qui est capital si l’on veut parvenir à une solution politique.


Il est temps de laisser la parole aux courageux jeunes gens qui ont bien voulu témoigner de leur expérience. Pour respecter la règle adoptée par le Mouvement des Enfants, les groupes armés responsables d’actes de violence ne sont jamais nommés dans leurs récits et, par mesure de sécurité, l’identité des filles et garçons concernés n’est pas révélée.



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